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Chronique : Dehmo – Éthologie

Pour son premier fait d'armes post MZ, Dehmo a livré la mixtape "Éthologie" le 23 juin dernier. Chronique d'un projet enthousiasmant.

La fin d’année 2016 a vu l’extinction de la Mafia Zeutrei, alias MZ. Catherine Ringer avait pourtant prévenu : ça finit mal, en général. Si ça marche pour les histoires d’amour, il y avait peu de raison pour que ça ne se transpose pas aux associations affectives dans le rap. Leur album éponyme Mafia Zeutrei, d’abord annoncé comme le dernier du groupe, n’a finalement jamais vu le jour alors qu’il était bouclé. La fin fût sèche, et troublante. Chaque entité donnant son fragment d’explication, sobrement, sans trop se laisser happer par le piège des chamailleries publiques. C’est certainement mieux ainsi. Et puis, le trio a malgré tout une discographie bien fournie. Parmi les mousquetaires de la cité Chevaleret, Dehmo renvoyait l’image du gaillard le plus pondéré. Musicalement en tout cas. Moins excentrique que Jok’Air bien sûr, et même un peu plus retiré qu’Hache-P. À l’instar de ses ex-compères, il s’est très vite remis en selle. Se sont enchaînés, en une petite poignée de mois : Désolé, Crimes, puis Make up –trois morceaux placés en bonus sur Éthologieainsi que deux titres hors-série rassemblés sous le mot-dièse #LaVolontéDuK. Un catalogue surprenant, et qui a révélé en seulement quelques mois bien plus d’intérêt à l’égard de l’artiste que n’avaient pu le faire ses multiples apparitions dans la MZ jusqu’ici. Le 23 juin dernier est sorti Éthologie, mixtape de 16 titres (13+3 bonus). Un titre de projet tout à fait courant, et dont chacun sait qu’il désigne « l’éthologie est la science qui étudie le comportement des animaux (y compris l’homme) ainsi que ses déterminants physiologiques, psychologiques et environnementaux » selon les biologistes et auteurs d’un livre du même nom Raymond Campan et Felicita Scapini.

 

1. Éthologie : Ouvrir le bal avec le titre du même nom que le projet, traduit une certaine ambition de donner le ton à ce dernier. Ici, clairement, c’est l’introspection. On la retrouve dans le texte, dans le choix de la prod, et même sur ce refrain en mode voix robotique et caverneuse qui vient gratter un nouvel aspect de sa musicalité.

 

2. Red Cup : Dans l’apparence un morceau assez rudimentaire, qui s’avère plus élaboré avec davantage d’attention. On constate un déséquilibre entre les structures des différents refrains ainsi que des deux couplets. Le premier étant plus étoffé, le refrain initial également plus ordonné, le protagoniste sombre dans l’ébriété et un certain état de transe, amplifié par la répétition frénétique des « Red cup ».

 

3. A.E.D (Abidjan est doux) : Première douceur, pas la dernière. Pas de thématique arrêtée, malgré le nom du morceau. Abidjan surplombe la ballade rythmée, sans en être le sujet premier.

« Mon paradis veut s’enflammer, mis à nu, j’me sens désarmé

Et c’est 6 pieds sous Terre que j’me sens à l’air libre »

 

4. Ça va pas très fort : Un virage fort du projet. Très personnel, mais pas du tout excluant dans la construction du propos. La grande force du titre, au-delà de sa réalisation top, c’est la faculté à pouvoir se l’approprier. Très juste.

 

5. Johnny Walker (feat Hache-P) : La bannière MZ ne flotte plus au dessus des têtes, mais la connexion marche encore. Dehmo retrouve Hache-P pour un banger timide, néanmoins bien exécuté.

 

6. Peace : Très personnel et confidentiel, Peace est dans le (très) haut du panier de ce projet. Surprenant, presque déroutant. « J’suis devenu un artiste officiellement ».

 

 

7. Ma S****e (feat Marlo Flexxx) : À la manière du Doc il y a une sacrée paire d’années, si la thématique est explicite, la forme elle, n’a rien de graveleuse. Un genre de romantisme de goujat, moins transcendant que son ancêtre, forcément.

 

8. Larry Bird : Sauf admiration particulière de l’artiste à son égard, peu d’éléments du morceau justifient le choix de name dropper l’ex-numéro 33 des Boston Celtics en particulier. Mais pourquoi pas. La vibe est désenchantée, la prod râpeuse. Morceau satisfaisant.

 

9. Rose : Visuels aérés, et sonorités estivales, Rose est l’une des nombreuses douceurs d’Éthologie. Léger mais pas creux, le titre est sorti à l’entame du mois de juin, l’ambition d’aller sillonner plages & barbecues est marquée. Pas folle la guêpe…

 

 

10. Bibi : Offensif et pugnace, la sauce prend toujours. Maitrise à la fois dans l’accentuation de voix, les touches d’autotune, Dehmo ne laisse pas la place au déchet.

 

11. Bloc (feat Niska) : Que ce soit du côté des invités ou du florilège de producteurs, le mot d’ordre semble être la proximité. Niska apporte un peu d’exotisme, pour un résultat largement convaincant. Dehmo encore une fois très à l’aise, sur un registre à l’accent dansant, mais toujours le verbe sans concession.

 

12. Oui : Si la rythmique change, dans la texture Oui ressort comme un prolongement de Rose. Plus frontal dans le propos, plus classique dans l’ambition musicale. Répétitif ? Cohérent. La recette prend, encore.

« Ici la vengeance ce consomme comme un grec, chef on va manger sur place »

13. Tomi : Pris à part, le morceau est relativement réussi. Une instrumentale appuyée, pour une nonchalance qui renvoie paradoxalement à une certaine autorité. Mis en perspective avec un projet de très bon niveau, le track parait finalement assez dispensable.

 

Bonus track : DésoléCrimesMake Up : Ces trois morceaux bonus ont servi de carte de visite à Dehmo pour amorcer cette mixtape. C’est à la fois regrettable de les voir relégués en fin de projet, et en même temps réjouissant qu’ils aient au moins un créneau sur la tracklist. Car l’emballement est total pour chacun des trois titres, au qualités distinctes. Aucune frilosité, de la démonstration de force.

 


Le choix du terme « Éthologie » pour nommer la mixtape s’est déterminé à l’issue de la réalisation du projet, de l’aveu de Dehmo lui-même. L’idée était simple : attiser un maximum de curiosité. Cette première mixtape solo a manifestement des allures de prise de température dans l’intention, et pourtant elle sonne comme un projet référence dans l’accomplissement. L’égo ne prend pas le pas, au contraire. C’est l’intimité qui prédomine. Ce qui se manifeste de cette galette, c’est la passion qui lui a été consacrée, et tout ce que ça implique comme engagement et souffrance. Qu’ils soient 10 ou 100 000, ceux qui écouteront ‘Éthologie’ connaitront un privilège, à savoir franchir le portail de pudeur de Dehmo, et accéder à un projet très emprunté de confidence. Les invités donnent un semblant de fenêtre extérieure, mais la lumière reste sur le protagoniste. Très peu d’éléments à écarter, la vraie réussite de ce projet est d’avoir fait cohabiter l’appétit musical, et le besoin -conscient ou non- de se livrer.

Note : 14/20 

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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