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CHRONIQUE : DEEN BURBIGO – GRAND CRU

Papy Burbigo a travaillé pour sortir un grand cru, dégustation en chronique

Très actif entre 2011 et 2014, le rappeur originaire du sud de la France a beaucoup collaboré et a réussi à se faire un nom dans la sphère rapologique. 3 février 2014, Deen Burbigo sort son deuxième EP nommé « Fin d’après-minuit ». Chez les fans du rappeur résidant à Aubervilliers, on se dit que c’est la dernière étape avant le véritable album du MC de l’Entourage, que ça devrait pas trop tarder à arriver. Plus d’un an après, le morceau Avertis est dévoilé, allez tout se lance et ça devrait arriver début 2016. Il envoie une claque avec Luc Bresson, et dit même qu’à partir de là, les jours sont comptés jusqu’à la sortie du CD. Mais les semaines passent, le rappeur fait le con sur Snapchat, a appris à faire mariner de la viande, mais surtout charbonne en studio et en tournée. « La route des Grands crus » est assez longue, jusqu’à ce 17 mars 2017, trois ans après son dernier projet solo : le produit fini est là. En trois ans, la football français a découvert Marcelo Bielsa, l’a vu partir pour au final revenir à Lille, l’Equipe de France a perdu en finale de l’Euro sur un but d’Eder et Florian Thauvin a intégré le regroupement de Clairefontaine (huit mois ont suffit pour ça). En trois ans, le public rap a découvert PNL et ses trois albums, Jul et ses 10 projets. En trois ans, Deen Burbigo a préparé un album, le mec est très perfectionniste. Une promotion bien menée, des moyens pour les clips, tout est réuni pour que le Grand Cru soit débouché et dégusté avec plaisir. « Dédé amène le tire-bouchon on va goûter la bouteille de Papy ! »

 

1. Retour en arrière : On rentre dans l’album avec un morceau assez introspectif du rappeur d’Aubervilliers. Un mélange entre kickage et flow chantonné, c’est vraiment réussi et ça annonce la couleur de l’album : ce sera éclectique. A noter l’instru d’Enz’oo qui est extrêmement bien travaillée entre drumkits trap et instruments groovy. D’un point de vue personnel j’aime quand on commence un album avec un gros morceau bien égotrip et violent, mais ça marche quand même !

 

2. On y va : Retournement de veste de la part de votre chroniqueur. Quand le morceau est sorti j’ai pas vraiment adhéré. Je trouvais le track banal, bon mais pas à hauteur de mes attentes pour un premier extrait d’album. Et en écoutant le morceau depuis la sortie du CD j’ai découvert un son plein d’énergie. Le refrain est simple et efficace, mais franchement dans les couplets ça kicke très salement.

 

 « J’me vois sur la première place du podium dans un état second »

3. Me réveiller : J’me suis pris une claque quand le son est sorti. On avait jamais entendu Deen sur de telles ambiances et avec de telles prises de risques vocales et musicales. Le rappeur nous décrit ici sa forte dépendance à la procrastination, mêlée à la perdition entre rêve et réalité. Enz’oo et Deen ont réussi à nous transporter le long de ce morceau, chapeau bas, maintenant j’vais me coucher.

 

 

4. Chaos : Quelle prod parfaite ! Epurée, profonde, elle tape terriblement bien. Encore une fois c’est Enz’oo qui est aux machines, je serai toujours surpris du talent de ce mec. Dessus Deen fait le taf avec un refrain très bien mixé. On est dans la continuité de « Me Réveiller », plongé dans les ténèbres avec quelques piques envoyés à l’élite de la société. Très bon morceau.

 

5. Ma bande (feat. Jok’air) : Je dois avouer qu’en ayant vu Jok’air sur la tracklist, je ne m’attendais à ce que ce soit Deen au refrain. Et la surprise est bonne. Ce morceau est plein de punch, le refrain du Papy est violent sa mère, ça tape fort avec la prod. Puis depuis la séparation de la MZ, j’avais presque oublié que Jok’air pouvait rapper, et très bien le faire à sa manière. Le featuring est étonnant mais réussi, sans hésitation.

 

6. Pas une autre : Ah le voilà le single potentiel du natif de Marseille ! On dirait que la prod sort du studio de DJ Snake, et c’est un compliment pour ceux qui en douteraient. J’me vois bien dans la voiture cet été à écouter ça en allant en vacances au soleil. Mais ce sera plus en allant au taff en fait, ce sera cette vie et pas une autre.

 

 

7. Coupe le son (feat. Caballero et Makala) : Dinguerie, sans aucun conteste. Avec une prod aussi démoniaque il fallait faire le taff pour cette collaboration franco-belgo-suisse. Et putain les mecs ont pris la hache pour la découper. Deen est sorti de son flow et ses schémas habituels pour hausser le niveau. Makala, dans son style hyper nonchalant livre une très belle prestation. Quant à Caballero, son couplet est exceptionnel, plein d’attitude, de placements parfaits et punchlines aiguisées. « J’dirai pas que ta soeur est conne, mais qu’elle aime les connaisseurs. ». Très très gros banger qui peut envoyer en concert.

 

8. En principe : La pression redescend un peu. C’est le genre de morceau que j’adore : des couplets kickés avec énergie entrecoupés d’un refrain beaucoup plus calme et très entêtant. La prod de Cookin Soul est vraiment très bonne. La technique de Deen est vraiment implacable, la multisyllabique est utilisée à bon escient sans dénaturer le sens du texte. « En Principe » est vraiment un très bon son.

« J’aime les choses simples,
Comme une paire de vrais seins sur une fausse sainte
J’fais pas confiance aux gens, mais j’ai confiance en moi, ça compense
J’suis à la fois plus con et plus intelligent qu’on l’pense »

 

9. Freedom (feat. Nemir) : Le jus de fruits du matin, celui qui te donne la pêche et envie de bouger dans tous les sens pour crier ta bonne humeur. C’est exactement ce qui caractérise ce son. L’instru aux sonorités old-school avec une pointe de soul est magnifiée par le refrain ultra énergique de Nemir. Ce son rappelle un peu « Ailleurs », la première collaboration des deux MC, et c’est pas pour nous déplaire. Les deux artistes revendiquent leur indépendance avec brio, avec bonne humeur. Ca fait du bien d’entendre ce genre de son qui transpire la bonne vibe.

 

10. Là gamin : Le morceau qui casse des bouches. Ayant entendu il y a quelques mois un court extrait de ce son, j’avais vraiment hâte de l’entendre, surtout quand on sait que Richie Beats est à la prod. Le résultat est plus que convaincant. Une instru aux drums classiques sur les couplets, de la slow trap sur le refrain, puis une mélodie entêtante qui ne peut pas être plus efficace. Et dessus Deen n’a qu’un but : carboniser la prod. C’est chose faite à base de punchlines tranchantes et des schémas de rimes parfois étonnants. Le morceau qui casse des nuques c’est juste ici, pas ailleurs.

 

11. Fauché : J’allais dire que j’accroche moins à ce morceau mais ça fait 30 minutes que j’ai en tête « FAUCHÉ COMME LES BLÉÉÉÉÉÉÉS ». En soit le morceau n’est pas mauvais, il est très bien travaillé et très bien mixé. Lyricalement c’est intéressant avec une introspection sur la période de sa vie où il était en manque d’argent. J’me suis rendu compte que le refrain était vraiment accrocheur, ce qui donne quand même envie d’aller le réécouter même si c’est pas un coup de coeur.

 

12. Tu rêves (feat. Nekfeu) : Je ne m’attendais tellement pas à ça… Mais c’est beaucoup mieux que ce que j’imaginais ! On va commencer par le thème : l’amour, la difficulté de s’engager avec une femme après de nombreuses histoires courtes. Alors oui quand on entend ça on se dit c’est un peu gnangnan comme thème mais c’est super bien foutu. Les rappeurs ont amené deux façons de traiter du sujet. Deen fait un storytelling d’une soirée quand Nekfeu nous livre une réflexion plus poussée de sa vie amoureuse. Les deux ont une technique implacable, mais c’est tout simplement impressionnant la facilité qu’a le rappeur du $-Crew à s’approprier les prods avec des placements inédits et une plume toujours plus enclin à déclencher des paronomases à n’importe quel moment. Puis il faut à mon avis parler de l’instru qui est tout simplement exceptionnelle. Dans le sens littéral du terme. On en entend peu des comme ça, avec une mélodie et des instruments qui tranchent avec le côté trap des drums. On sent la patte d’Enz’oo avec cette prod dont certains accords font penser à « Nique les clones, part II » de Nekfeu. On ne soulignera jamais assez le talent d’Enz’oo. Sûrement un des meilleurs morceaux de l’album.

 

13. Fils de riches (feat. Eff Gee et Jekhyl) : Les acolytes de Deen sur la tournée ont droit à leur morceau sur l’album. Et c’est plutôt bien réussi. Jekhyl maîtrise parfaitement son flow avec des fins de syllabes étirées, son couplet est percutant. Eff Gee sort lui un seize plus posé mais qui colle bien à la prod. Par contre le couplet de Deen est vraiment excellent, on sent qu’il veut vraiment hausser le niveau quand il y a des invités sur sa partition. Le refrain est pas mal, mais j’ai l’impression qu’il manque un truc pour que le morceau soit vraiment très bon, peut être la prod trop simple ?

 

14. Faut pas t’en faire (feat. Gros Mo) : Quelle agréable ballade ! Le refrain et les ponts de Gros Mo sont absolument réussis, je rentre totalement dans la vibe. Musicalement parlant c’est un vrai bijou, avec encore un très bon travail d’Enzoo. Lyricalement c’est également intéressant, Deen est tiraillé entre sa passion pour le rap et la passion dans sa vie amoureuse. Un de mes coups de coeur du projet à coup sûr.

 

15. Rêves d’ado : Deen conclut l’album par un morceau introspectif, avec un rythme presque trop lent. Le texte est assez prenant et colle bien à une outro mais c’est plutôt sur le flow et la prod que je bloque. Le morceau n’est pas mauvais mais je m’attendais à mieux pour conclure un excellent album.

« J’ai accompli mes rêves d’ado, j’dois accomplir mes rêves d’adulte »

Après digestion, le produit dégusté n’est certainement pas de la piquette. Les saveurs qui que l’on retrouve dans notre palais sont extrêmement diversifiées. On a à la fois de la douceur comme sur « Faut pas t’en faire » ou « Tu rêves », des saveurs exotiques sur « Pas une autre », de la puissance sur « Là gamin » ou « On y va ». Et lorsque l’on a capté tous les goûts présents, « Me réveiller » ou « Chaos » nous emmènent dans l’ivresse. Grand Cru est un excellent album. Le disque comporte des passages qui me plaisent moins, mais la qualité est présente. Le point que j’aimerai souligner est la production : quasiment parfaite. Les beatmakers ont fait un énorme travail sur chaque morceau. Ils sont nombreux, mais celui qui en a le plus produit, et toujours avec un talent énorme, c’est Enz’oo. Chaque instru qui sort de ses machines a un truc en plus, et Deen (et ses invités) ont su magnifier ces pépites de son. En parlant justement des featurings, ils ont bien été choisis et sont tous cohérents dans les morceaux : Nemir pour un refrain plein d’énergie, Jok’air pour son flow mélodieux, Makala et Caballero pour plier un banger, Gros Mo’ pour son groove, Eff Gee et Jekhyl dans un rap chill qui leur correspond, et Nekfeu et sa fine plume qui s’adapte à tous thèmes. Mais à la différence de certains rappeurs actuels, Deen ne se fait pas voler la vedette et surtout il n’a pas besoin de featurings pour faire des singles et des morceaux excellents. Le rappeur du 93 est sorti de ses sentiers battus pour construire des sons complets et dans l’ère du temps. Pour ce qui est de la technique et des paroles, il n’a pas trahi son côté perfectionniste et la finesse de sa plume pour autant, à la fois sur des tempos trap (« Ma bande », « Tu rêves »  ou des schémas plus classiques comme (« La Gamin », « Freedom »). Entre fougue, égotrip, ambitions, introspection, amour, Deen Burbigo a réussi avec brio à varier les thèmes tout en restant dans un univers cohérent tout au long de l’album. Les trois ans en valaient la peine, Grand Cru en est un.

 

Note : 16/20

 

Album disponible ici

hugo@vrairapfrancais.fr

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