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CHRONIQUE : DAMSO – BATTERIE FAIBLE

Le belge du 92i présente son premier album

8 juillet, quelle belle date. Jean de La Fontaine, Kenza Farah, Kevin Trapp ou encore Mimie Mathy sont très différents les uns des autres. Un point commun reste quand même de taille entre eux. Tous, sont nés un jour de 8 juillet. Sans cela, nous n’aurions jamais eu le droit aux fameuses fables que l’on apprenait en primaire accompagnées d’une morale qui avait pour but principal de nous rendre plus matures, en vain pour ma part. Nous n’aurions jamais eu le droit au cliché type de la chanteuse maghrébine qui accompagne un rappeur au refrain à coup de « hou houuuu yeaaah mon mec m’a quitté-hé-hé-hé ». Nous n’aurions jamais eu le droit aux bourdes majeures du gardien allemand face à Bordeaux et le Real, mais aussi à ses arrêts terriblement décisifs bien entendu. Nous aurions jamais eu le droit au programme mythique de la chaîne la plus regardée d’Europe, ni au pouvoir le plus stylé de tous les temps, un claquement de doigt et ton souhait le plus cher est réalisé. Le 8 juillet 2016, est une date majeure de cette année pour les plus grands fans de rap francophone. Depuis ce fameux couplet sur le morceau « Pinocchio », de Booba, Gato et un certain belge dénommé Damso, les questions fusent : « Mais il sort d’où lui ? », « Pourquoi tant de violence sur son couplet ? », « Mais il a l’air fort quand même ? Non ? ». Depuis, le grand bruxellois a su tisser sa toile en France, tel Peter Parker au cœur de New-York. Nos playlists et nos écouteurs ont adoptés l’artiste, généralement avec un grand brio. Damso a le profil parfait pour faire parler de lui. Insolent, fougueux et terriblement doué. Une recette qui met toute une table d’accord, comme la spécialité culinaire de ta grand-mère. Les auditeurs avaient besoin de découvrir la réelle identité de l’artiste, en long en large et en travers. Quelle est la carte d’identité d’un rappeur ? Un album bien évidemment. Il y a quelques semaines, une lueur commença à se dessiner. Une annonce, importante pour la suite de l’histoire venait aux nouvelles du jour. « Damso, espoir du rap francophone, sortira son premier album intitulé « Batterie Faible », le 8 juillet prochain ». Magnifique journée. Si la batterie de mon ordinateur n’est pas forcément faible au moment de l’écriture de cette chronique, ma bibliothèque Itunes ne demande qu’à être rechargée par le bruxellois. Je vous propose de découvrir ce projet tant attendu à mes côtés. Vie.

 

01/ Périscope : Serge Aurier n’a qu’à bien se tenir. Fini la combinaison chicha/confessions mal placées, place au morceau introductif de Damso. Une trap pure et dure, sans vraiment de surprise, mais très maîtrisée tout de même. On peut remarquer une recherche de diction par rapport aux placements des syllabes assez spécifiques, qui n’apparaît pas forcément sur d’autres extraits de ce genre. Le bruxellois fait du sale sur Périscope et sur le premier extrait de son projet, on commence plutôt bien. « J’respecte beurettes et imams, jugement d’vautour j’laisse à Dieu. Négro, j’suis Morgan Freeman, depuis toujours j’suis ton vieux », Morgan Vie.

 

 02/ Débrouillard : La suite logique du couplet posé sur le morceau Pinocchio, c’est à partir de ce morceau que les auditeurs français se sont dit « Mais il est vraiment chaud lui ». Comme si une claque ne suffisait pas, une deuxième s’est heurtée à nos visages. Celui qui se décrit comme étant un « débrouillard à jamais », ne cesse de percuter, percuter, percuter et encore et toujours percuter tout au long du morceau. Un rythme d’enfer, une prod’ terrible réalisée par MjNichols, des lyrics qui font réagir. C’est un très bon morceau. On commence de la plus belle des manières vous ne trouvez pas ? « Comme Dolfa, négro, pour moi la school c’est finished. Vers le succès je marche, j’ai des ampoules aux pieds à chacun d’mes pas c’t’un remake de Billie Jean ». Who’s bad ?

 

03/ Exutoire : Cette fois-ci, c’est le grand Dems qui régale de A à Z, le morceau est auto-produit. Un beat terriblement efficace, allié à une plume aiguisé et d’une sincérité qui se ressent bien à l’écoute, un flow original (surtout pour le deuxième couplet). Rien de négatif à dire, rien à jeter, tout à garder. C’est une nouvelle réussite pour Damso. Ça a l’air beaucoup trop facile pour lui. L’extrait est excellent. « Depuis qu’j’fais du sale, y’a plus de clémence. J’vis d’Universal et d’mes redevances ». Booba aurait dit : « Damso touche sa SACEM, y’a plus que 30 balles, tous le monde le regarde comme le football ». 

 

04/ Quotidien de baisé : L’instru est une nouvelle réussite, Damso toujours à la production. Le flow est très pointilleux, les paroles sont très avancées, les références sont très présentes tout au long du track, de Johnny Hallyday, à Marc Dutroux, tout y passe. Une aisance au micro qui se fait ressentir, à la limite de l’insolence. Tout y est. La recette est bonne. Le track tcheck la perfection en faisant un dab majestueux pour clôturer celui-ci. « J’tire et j’inhale tout est validé. Violent, brutal, une calamité ». Rien de calamiteux au microphone, ne t’en fait pas pour ce point là.

 

05/ Sombre : Vous êtes en voiture avec vos amis pour passer la soirée de votre vie. Mettez ce morceau, et élevez le volume au maximum. Constatez. L’ambiance et l’atmosphère dégagée est incroyable. Un peu moins recherchée au niveau du texte. Le morceau reste très maîtrisé, l’extrait passe très bien. « Sombre négro s’embrouille dans le tiekson. Sombre négro sort le Smith & Wesson. Sombre youvoi semble un peu méfiant. Sombre agent lui pose des sombres questions ». Tout est sombre, on l’a bien compris.

 

06/ Quedelavie : Grosse frappe en pleine lucarne, Buffon est battu, sur place. Retour à la réalité. La grosse frappe existe belle et bien. Pour Buffon par contre… Voilà… On retiendra la reprise de volée de Pellé sur une somptueuse passe décisive de Candreva. On espère retrouver la bande d’Hazard en 2018 pour la Coupe Du Monde. Revenons au morceau, technique, flow, gros beat est excellent. Du début à la fin c’est un régal auditif. Génial, le géant belge marque le coup, et laisse une véritable empreinte sur l’extrait, et sur le projet par la même occasion. Bravo ! « J’suis au pied du mur mais celui des lamentations. J’ai la clé du succès, t’as la clé du maton. La soif de vaincre quand je m’noie dans la boisson ». Décidément le 92i adore les boissons en tout genre.

 

07/ Amnésie : Je ne m’attendais vraiment pas à écouter ça. Vraiment. Une histoire très personnelle, c’est une vie sentimentale  particulière qui est racontée à travers les couplets. C’est le récit du suicide de l’ex petite amie de l’artiste, causé par un attachement profond vis-à-vis de l’artiste qui n’était pas réciproque. Un texte très poignant malgré l’absence de filtre pour mettre en avant la réalité de ce dur moment qu’à passer le belge lors de cette période. Le son est terriblement brut de sincérité dans ses paroles, que ça plaise ou non. Le talent s’impose, c’est incontestable. Parler d’un tel sujet en respectant ses critères d’écritures très crus mais extrêmement travaillés à la fois, tout en exprimant des remords profonds, qui font réagir l’ensemble des auditeurs. C’est du génie. C’est ça qui en fait son charme. Conclusion, vous l’avez compris, ce track est extraordinaire. « Mort est son avenir proche. Les anges de l’enfer l’escortent. Le hashtag #Vie tient peut-être d’elle, de son cou pendu à la corde ». 

 

08/ Graine de sablier : La vie, qu’est-ce que c’est ? Une lutte perpétuelle contre le temps qui passe, les graines du sablier qui tombent une à une chaque, secondes, minutes, ou heure de notre vie. Et ça, Damso l’a bien compris. Le Belge nous présente un morceau très mélodieux, allié à une instrumentale très travaillée et terriblement efficace de Souleymane Beats. Le combo est très bon, ça tombe bien l’extrait aussi. Tout les moindres détails sont bons à prendre sur ce morceau, tout est organisé, aucun débordement n’est à constater. Damso pousse un peu la chansonnette, chose qu’il sait très bien faire. L’extrait est vraiment très bon. « Maîtresse m’en veut car je suis noir comme Dark Vador. 
Maîtresse est-elle raciste ? ».

 

09/ Beautiful : On change de bord. Un son aux apparences très légères à l’écoute. On bouge la tête pendant la totalité de cet extrait. Un refrain qui rentre très facilement en tête, des couplets très travaillés sur le plan de sa  musicalité. Le timbre de voix de Damso est vraiment adapté à ce genre de morceau. Le deuxième couplet est d’une technique folle. Le son passe très bien. Si vous cherchez votre morceau de l’été en alternative à « J’ai déconné » de Keblack, « Beautiful » vous attend. J’adore cet extrait. « Comment puis-je prouver ce que je vaut si leurs valeurs ne me correspondent pas ?
 Plus pression cherche plus a perdre, puis la déception des rents-pas ».

 

10/ BruxellesVie : Que dire de plus à part que cet extrait paraît être l’hymne de la capitale belge ? Damso se balade littéralement sur la prod’, il fait ce qu’il sait faire de mieux, sans déchet apparant, ni surplus.  Bruxelles, vraie ville de rap, est bien en vie en ce moment, et s’inscrit en lettre d’or dans le livre des villes les plus importantes du rap français actuellement. Merci à Damso, Hamza, Caballero, JeanJass, Shay, Jones Cruipy et tous les autres… « Si j’suis au sol c’est que j’tape des pompes
J’consulte mon solde, je règle mes comptes ». 

 

11/ Autotune : Ça sonne terriblement bien. Damso est vraiment très complet. En gardant l’idée du thème « coeur de pierre », le Belge a pu s’exprimer avec des sons plus ou moins doux, ça passe très bien. Ce track numéro 11 est une crème. Je me surprend à chanter ce refrain sans raisons, mais je ne veux pas m’arrêter de passer pour un fou aux yeux de tous. Une mélodie comme on en voit rarement dans le rap, une maîtrise de chant poussée, un don réel pour l’écriture. Tout est parfait sur cet extrait. Comme l’Imam de Drancy, je ne peux pas en dire plus, tout est dit, rien à ajouter. Bravo pour cette belle prise de risque, celle-ci s’est avérée être payante. « J’suis incapable de nous voir ensemble. Mon coeur est myope de souche ». Ce n’est plus un coeur de pierre qu’à Damso.

 

12/ Monde : C’est une très belle prod’, une nouvelle fois. C’est un Damso « lent » que l’on retrouve sur ce track. Le sens des rimes et de la maîtrise des placements de syllabes est une nouvelle fois très travaillé. L’ambiance du morceau est folle, le refrain est magique, c’est un très bon morceau pour une conclusion. Le calme après la tempête. Un rap sans thème après les diverses confessions. Le belge gère cet extrait d’une forte belle manière. « Bien ficelée sans erreurs dans les détails
, Jolie garce comme dans la team de Shay », 92iVie.

 

Où se trouve la trace d’un faux pas dans ce projet ? Je ne sais pas. Damso sait tout faire. Il peut vous parler d’amour, de sa vie personnelle, du sens de sa vie, de son histoire. Souvent, quand les artistes sont questionnés à propos de la différence entre une mixtape et un album, ceux-ci répondent : « on peut comparer un album à une carte d’identité ». Cet album va dans ce sens. On découvre un Damso sous tous ses angles. D’une trap ultra violente à une chansonnette profonde de sens, le Belge est à l’aise sur tout type de forme musicale. Il y a un véritable sens de la musicalité sur ce projet. Le tracklisting est plutôt correcte, 12 titres sont amplement suffisant pour un album avec autant de qualité. Je vais devoir mettre une note sur ce projet. Je vais reprendre une phrase d’Alfred de Musset, « la perfection n’existe pas ». Ce projet a prouvé que la Belgique avait un grand talent, et que Damso était celui qui portait le brassard de ses Diables Rouges . Bravo à toi grand Poseidon, j’ai déjà hâte d’écouter ton futur projet. Damso Dems !

NOTE : 18/20

chaves@vrairapfrancais.fr

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