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Chronique : Brav – Error 404

2ème album de Brav

Une fois n’est pas coutume, après SCH et N.O.S, ma magnifique condition d’écrivailleur sur le rap français m’amène à chroniquer sur un autre artiste à la chevelure généreuse. Cette fois-ci pas de fer à lisser, on opte plutôt pour le combo « détaché / Moundir ». Que ce soit avec son frère d’arme Tiers Monde du groupe Bouchées Doubles ou aux côtés de Médine sur certains morceaux, Brav vagabonde. Jamais trop dans la lumière, ni complètement dans l’obscurité. Pourtant, depuis une paire d’années l’artiste estampillé Din Records a changé de rythme. Sous France est sorti début 2015, un album marquant, regorgeant de bonnes idées et solidement orchestré. Peu de clips par la suite (« Tyler Durden », « L’Arche », et « Les Temps Modernes » ayant été réalisés et publiés avant la sortie de l’album), mais surtout une série de concerts en appartements à travers la France ; au plus près du public et du contact humain qui l’inspire. Mais pas le temps de souffler, 1 an et 1 mois plus tard, le rappeur havrais lâche Error 404. Dans la lignée de Sous France, son cynisme et son imagerie David Finscherienne. Tous les tracks affichent une durée de 4:04, sauf le titre bonus « Post Scriptum » à 8:08. La gueule du patriarche en guise de pochette.

 

1/ Revolving : Balancé un peu plus d’un mois avant la sortie de l’album, « Revolving » portait le lourd costume du morceau teaser. Avec son clip à l’ambiance cafardeuse et sa voix pincée robotisée, décrivant la froideur de la réalité on était à peu près fixée sur une chose : Error 404 ne sera pas un album d’afrobeat. « Est-ce logique que même entouré j’ai l’sentiment d’être solo / Il faudrait probablement faire quelques efforts d’intégration / On sait jamais, j’pourrais trouver l’amour au cœur d’ce viol en réunion ». Qu’est-ce qu’on disait déjà sur le cynisme ?
« Revolving » est un peu longuet sur les bords mais lourd de sens.

 

2/ Delirium Tremens : Musicalement, déjà beaucoup plus intéressant. Dans l’ « état de Délirium Tremens », Brav est pourtant implacablement lucide et cannone à vue. Le refrain est très juste, et la continuité avec le premier morceau est cohérent. Convaincant.

 

3/ Error 404 : « Nos regards fixés sur nos écrans / Sans pour autant voir la fin venir / On cherche de l’eau dans l’océan / Pendant que coule notre navire ». Durant 4 minutes, Brav vomit à sa manière toute la tristesse de nos vies numérisées. Plus subtil qu’un sermon, mais pessimiste à souhait. Un clip et morceau bien réalisé, si le sujet n’est pas franchement bien sexy, le fond et la forme sont très propres. Comme souvent, une maitrise complète du thème et du champ lexical approprié.

 

4/ Raoni : L’un des morceaux les plus intéressants du projet. Brav a une manière très singulière de poser sa voix lorsqu’il chante. A la fois très mélancolique et pleine de force. Sur « Raoni » je trouve ça très efficace. Et un belle reprise de la formule de Cabrel « Est-ce que ce monde est sérieux ? »

 

5/ Intro (Anomalie) : Une voix féminine robotique, qui répète « Anomalie… Anomalie… Cet album n’a pas de raison d’exister », même entrecoupé d’un couplet, ça met un peu mal à l’aise. Si si. Une sorte de plaque de transition entre le message général de l’album, son atmosphère, et les influences de l’artiste (sample de Brassens, Brel…). On passe à la suite.

 

6/ Marla Singer (feat Jarone) : On faisait mention à la grande influence de David Finscher dans le travail de Brav, dans son adaptation du roman Fight Club Marla Singer y est interprétée par Helena Bonham Carter, Marla est toxicomane, névrosée, et finalement très nébuleuse. Ici est l’est l’objet de convoitise du morceau, fruit d’un désir difficilement contrôlé. Une interprétation de Brav qui rappelle quelque peu le morceau « Meïlia » sur Sous France.

 

7/ Seigneur : Un autre morceau très fort du projet, si le même schéma se retrouve parfois entre les morceaux avec des couplets la veine au front et un refrain davantage chanté, le résultat est très juste. Moins emballé par l’outro au rythme ralenti, mais « Seigneur » vaut le détour.

 

8/ En Attendant : Une rythmique différente, aux touches plus africaines (mais toujours pas d’afrobeat hein). Le titre arrive plutôt à point nommé, comme une cassure avec les registres précédents. Et il est en somme relativement efficace.

 

9/ Bagarrer feat Tiers Monde : « Bagarrer » défonce. Dans sa structure, son énergie, sa spontanéité. Le clip est également d’un très bon niveau et cohérent. Et puis c’est un vrai plaisir d’y entendre Tiers Monde. Très bon.

 

10/ 25 minutes : Changement d’ambiance ! « Les yeux fixés sur le plafond / C’est tout ce qu’il reste d’horizon / Aux enfants perdus, pour qui la pluie sonne la fin du bal /L’histoire ne s’encombre pas de détails ». Ballade FrancisCabrelienne pour ce 10ème titre. Une reflexion trempée de mélancolie, pas forcément très facile d’accès mais plutôt bien menée.

 

11/ Préviens Les Autres : Outre « Bagarrer » cette fin de projet est celle des expérimentations de registres ! Des sonorités reggae, la voix écorchée, le refrain distordu. A nouveau c’est assez inhabituel à l’écoute, mais cette fois-ci le charme opère moins.

 

12/ Post Scriptum (Bonus) : Un titre fleuve. 8:08. Un passage tiré d’une scène du film Quatre mariages et un enterrement (1994) en introduction, puis une quasi-centaine de mesures d’introspection. »Post Scriptum » figurait sur l’album de Kery James Dernier MC après que ce dernier ait adopté le texte de Brav. Le rappeur havrais a finalement décidé de ré-interpréter sa propre chanson en bonus.  A coeur ouvert. Un exercice maitrisé, forcément longuet mais percutant pour qui s’intéresse au personnage et à son propos.

 

13/ I Hate Love (Acoustic) (Bonus) : La version acoustique du morceau « I Hate Love » présent sur l’album Sous France donc. Pas grand à chose à dire de plus si ce n’est que cette interprétation minimaliste est une nouvelle preuve de la propension de Brav à réaliser des ponts entre les styles et ses influences. Notamment dans la chanson française.

 

Avec Error 404, Brav ne jouit forcément pas du même effet de surprise qu’avec Sous France, mais s’adresse en grande partie à un public déjà averti à son style. Pourtant cette synthèse entre les genres reste parfois difficile à appréhender. Mais elle a le mérite d’être originale. Le travail est soigné, l’album contient de très bons morceaux, les invités sont cohérents et l’univers de l’artiste, cette poésie violente est une nouvelle fois bien exposée à l’auditeur. De telle manière que les morceaux sont profondément imprégnés dans ce projet, et qu’il est du coup assez difficile de les imaginer exister hors de l’album, à l’exception peut-être de « Bagarrer », dans une playlist par exemple. Enfin, s’il fallait vraiment trouver une résonance aux projets et à l’univers de Brav, ce serait sans doute ce refrain de Sako qui en parlerait le mieux : « Mon coeur, mes textes, comme les temps sont durs / Mais qu’est-ce que tu veux qu’j’te dise, tu sais, les tensions durent / Réminiscences sombres aux couleurs d’améthyste / Mais qu’est-ce que tu veux qu’j’te dise, tu sais, mon âme est triste » (Maudits soient les yeux fermés – 1998).

Note : 14/20

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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