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Chronique : Booba – Trône

Après deux ans sans projet sorti, le Duc est de retour avec un nouvel album

Des mois et des mois de teasing sur Instagram, des montages photos, des pics, des morceaux par ci par là, une date annoncée puis une autre, au final Trône est bien là. Depuis le 1er décembre pour certains, depuis la leakerie pour d’autres. La sphère rapologique s’est excitée, a crié au génie avant de crier famine après seulement deux maigres écoutes de dix messages vocaux WhatsApp. C’est toujours pareil avec Booba et les autres artistes majeurs du game. 13 titres c’est pas assez, 16 c’est trop, je pense qu’il faut arrêter et tout simplement considérer qu’il y a de bons albums ou non, peu importe le format. La vraie question qui se pose c’est : Booba a-t-il réussi à faire un aussi bon album que Nero Nemesis, qui avait convaincu la grande majorité du public et des acteurs du rap français ? On connaissait Nougat, et les deux morceaux bonusce sont donc 12 titres inédits qui nous sont proposés, avec un nom qui laisse espérer du prestigieux. La cover est belle, l’attente est grande, espérons que le résultat soit positif.

 

1. Centurion : On rentre directement dans l’arène, les adversaires sont effrayés par l’instrumentale mystique et violente à souhait. Le centurion sort ses premières armes avec un 16 mesures parfaitement exécuté. Impossible de mieux rentrer dans un projet, le sample appelle à la guerre, les rimes la concrétisent. Excellente intro, certainement une des meilleures de cette année. Trône se lance à merveille.

 

« Si t’enlèves Elie Yaffa t’enlèves un roi »

 

2. Friday : Activé légèrement sur le précédent morceau, le mode autotune se déploie entièrement ici. J’ai tout d’abord trouvé le morceau basique à souhait à la première écoute, il n’en est rien. Tout le charme du son vient des mélodies chantées sur le refrain, parfaitement calibrées. Celle qui marque la fin de « Gros salaire de l’Atletico comme jamain » est vraiment exceptionnelle. La prod est extrêmement bien travaillée. Un morceau addictif par sa vibe, un petit bijou.

 

3. Drapeau Noir : Le meilleur morceau du projet selon moi. C’est exactement ce qu’on attend du DUC : deux couplets avec des punchlines méticuleuses. Puis sérieusement quel refrain ! Comme sur la piste d’avant, c’est clairement le point fort du son. Ces petites mélodies qu’on va chantonner en marchant dans la rue, qu’est-ce que c’est bon ! Très gros travail de Twinsmatic sur la prod, qui ne prend pas trop de place et laisse Booba s’exprimer à sa guise. Ces trois premières frappes font clairement mouche.

 

4. Trône : Ressenti vraiment étrange sur ce morceau. Pour le coup je trouve la prod vraiment qualitative, mais c’est la prestation de Kopp qui me dérange. Je trouve qu’il n’en a pas fait assez, les mélodies sont pas mal mais il manque un truc pour que ça soit vraiment bon. Bizarrement, mon inconscient me ramène quand même souvent vers ce morceau que j’apprécie bien. Objectivement c’est pas folichon, mais le son est vraiment appréciable et glisse tout seul dans l’album. Puis je voyais pas du tout un morceau comme ça avec un tel nom, peut-être aussi pour ça. Je suis confus, passons à la suivante.

 

« Depuis 0.9, ils critiquaient mais ont tous saigné l’autotune »

 

5. Bouyon (feat. Gato) : Je n’ai vraiment rien contre le rappeur haïtien, mais franchement je comprends pas cette obstination à le placer sur chaque album du Duc de Boulogne malgré son niveau discutable. C’est le tonton bourré qui dit et fait n’importe quoi à chaque fête de famille, mais il est quand même là à chaque fois sans trop de raison. Dommage parce que le refrain est plutôt sympa, mais c’est pas dit que j’y revienne souvent. Yo vle fè gè men neg yo pa gen kè.

 

6. Magnifique : Quel gâchis… C’est franchement dommage parce que la prod est vraiment exceptionnelle. Je trouve la prestation de Booba trop basique, il n’y a absolument aucune mélodie plaisante. Cela aurait pu être de la trempe de Friday ou même d’un 92i Veyron mais là c’est extrêmement décevant, tout a été mal géré. C’est pas dans les habitudes du MC de gâcher une si belle prod, dommage.

 

7. Ça va aller (feat. Sidiki Diabaté & Niska) : Quand les couplets et le refrain sont bons, maintenant c’est l’instru qui va pas. Le couplet autotuné de Booba est très percutant. Sidiki Diabaté signe un refrain vraiment entraînant. Par contre Niska a fait bien mieux. En même temps, difficile de fournir une prestation solide sur une prod si médiocre…

 

8. Nougat : Le seul morceau que l’on connaissait avant la sortie. J’ai pas plus accroché que ça cet été, et mon avis ne change pas vraiment. En fait ce morceau a le syndrome du « sans plus ». Instru de qualité, flow sympa, refrain pas dingue, sans plus quoi. Pas grand chose à dire sur ce single en fait.

 

9. Terrain : « Vas y… » Enfin un morceau où je reprends du plaisir. Déjà la prod est vraiment folle, et surtout Booba ne blague pas dessus, les punchlines sont tranchantes comme le flow. Le seul bémol est qu’il est peut être un poil court. Pas un des meilleurs sons de Kopp mais c’est déjà plus ce qu’on attend de lui. Pas au niveau du début de l’album non plus mais le morceau passe très bien. C’est là où il est le plus hardcore et le plus percutant niveau lyrics, c’est ce qu’on aime de lui.

« Coup d’coude dans ta mère sur Tchikita »

10. A la folie : Un morceau qui devrait devenir un tube. Dans l’album ça glisse plutôt bien mais on est loin du coup de coeur. J’ai vraiment l’impression que sur certains morceaux Booba n’a pas du tout forcé, n’est pas allé plus loin que ce qu’il sait faire, un peu trop basique.

 

11. 113 (feat. Damso) : La collaboration que j’attendais, et je suis loin d’être déçu. Depuis Paris c’est loin, leur dernier son commun, Damso a fait beaucoup de chemin. Multiple platine avec Ipséité, le belge a pris du niveau et ça s’entend. Alors qu’on sentait un très gros travail derrière son couplet sur Pinocchio, ici il fait du très très lourd alors qu’il ne force pas trop. Le son dans sa globalité est vraiment excellent, Booba fait le travail mais c’est clairement le Bruxellois qui se démarque. Sans conteste la meilleure collaboration de l’album.

12. Ridin’ : Beaucoup y voient le nouveau 92i Veyron, pour moi on en est loin, et surtout c’est vraiment différent. On est plus dans le style de Scarface selon moi, bref. Le morceau est plutôt agréable à l’écoute, peut être un des plus travaillés et ça s’entend, avec un très bon mixage. C’est un bon titre, mais mérite-t-il la hype qu’on lui destine ? C’est moins sûr.

 

13. Petite fille : L’album se conclut de la meilleure des manières. Cette chanson dédiée à Luna, sa fille, est vraiment réussi. On ne tombe pas dans le niais comme dans beaucoup de morceaux d’autres rappeurs avec des thèmes similaires (la daronne, la fille, la tante, la cousine bref…). J’ai un vrai coup de coeur pour ce son, les mélodies sont vraiment travaillées à la perfection. Puis Danny Synthé a fait un très bon travail sur la prod, minimaliste mais qui colle parfaitement. Une très belle outro.

 

Trône est évidemment un album qui va, et fait déjà parler le monde du rap. Il est indéniable que, comme chaque disque de Booba, il sera marquant et va très probablement s’installer dans les oreilles de l’audience pendant de bons mois. Au vu de la carrière du Duc, de son potentiel que nous connaissons tous, cet album est clairement mitigé. Comme lors d’une journée outre-manche où la météo fait des siennes, on souffle le chaud et le froid, le magnifique et le médiocre, la pluie et le beau temps avec au final un sentiment d’incompréhension.

L’album commence de la meilleure des manières, baisse clairement en régime sur le milieu pour au final bien terminer avec les trois derniers morceaux. C’est un peu comme si Gustave Eiffel avait d’abord construit le premier étage et les pieds de sa tour : ultra solides et imposants ; avait établi le troisième étage avec finesse et précision tout en restant solide, mais n’avait fait tenir le tout qu’avec un frêle fil de fer. Sur Trône il manque cette force au milieu de l’album pour qu’il soit d’un excellent niveau. Je reste clairement sur ma faim. Si ce projet s’avère être le dernier album de Booba, ce serait décevant comme sortie même si Trône est loin d’être mauvais. Attendons de voir la suite, mais je reste persuadé qu’il n’en restera pas là.

 

 Note : 13/20

hugo@vrairapfrancais.fr

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