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CHRONIQUE : A2H – LIBRE

A2H totalement libre avec cet album

Quand Tonton moustache débarque ce n’est certainement pas comme un cheveu sur la soupe. Bien au contraire, la soupe, c’est lui qui nous la prépare, et avec amour bien entendu. La cuisine d’A2 ? Probablement une des plus prometteuse de notre temps. Elle se caractérise par son éclectisme ; parfois gorgée d’amertume, d’autres d’une bonne dose de douceur, mais très souvent d’une généreuse poignée d’épices. On ne s’ennuie jamais. Dans les années 2000 A2H se lance dans le grand bain musical dans diverses directions : Ragga, Reggae, Rap… Verrons le jour 2 mixtapes UK Garage avec Grime : Linge propre et Frontkick de Hooligan. Nous savons également qu’A2 est un cuisinier musical au sens propre puisqu’il a été un fervent producteur durant ces années. En 2012, il débarque avec son premier album : Bipolaire, un 16 titres aux petits oignons.Nombreux d’entre vous ont pû connaître cet épicurien avec le titre « Jeunes et talentueux » en featuring avec 3010 sur l’album Art de vivre sorti en 2014. Aujourd’hui A2H revient avec un projet très prometteur en témoignent les premiers extraits. La prochette nous donne un indice parlant : l’image symbolique d’un homme enchainé en « osmose contradictoire » avec le titre de l’album. J’ai hâte.

 

1/ Pardonnez-moi : On démarre avec un titre dans lequel A2H semble formuler une sorte de lettre d’excuse à « nous tous » et en relation directe avec la contradiction de cet album que j’aborderai en conclusion. Un exercice très intéressant dans lequel on plonge très rapidement dans la vie du rappeur, c’est comme une invitation très personnelle. A2H semble s’excuser au près de ses proches mais aussi au près de « nous » public. La prod signée ovagroundprod est en parfaite adéquation avec la thématique de ce titre. Je trouve très intéressant de placer ce titre en début d’album, ce qui paraît inhabituel puisqu’on à l’habitude de voir ce genre de titre singulier en fin d’album.

« Mon daron m’a dit : « Fils, tu fais quoi d’concret ? », mais tu dis quoi à ton daron si t’es grave pompet’, que t’as un litron de beuh dans un sac Converse »

 

2/ Haïr d’amour : Nous avons pu découvrir cet extrait il y a 3 mois avec un très beau clip tourné au pays des caribous. A2H entre rapidement dans le vif du sujet avec un titre sur l’amour, il n’y a pas de doute à la fin de cet album nous allons connaître A2H mieux que quiconque. L’amour probablement un domaine dans lequel il est difficile d’être pleinement LIBRE pour le coup ? Les couplets son efficients, le flow en accord avec une prod enivrante. D’ailleurs, Mem’s à la prod, c’est un beatmaker qu’il faut absolument ranger précieusement dans nos poches, il avait notamment produit Temps Mort 2.0 pour Booba. Pour ce qui est du refrain il est réussi, pour moi les refrains ont besoin de 2 critères importants : la mélodie et la capacité à se hisser dans nos têtes. Ici ces 2 critères sont réunis. Dès le début j’avais complètement accroché avec ce titre.

 

3/ Sur ma vie feat. SPri Noir : Encore un extrait de cet album dont le clip m’avait marqué, avec un esprit grand froid pour un rendu très esthétique. Premier featuring de cet album avec un autre talent montant du rap français. La thématique de la persévérance bien illustrée ici avec 2 performances remarquables sur une prod énergique à souhait. Une recette qui marche quand on combine le tout, 2 couplets percutants, une prod et un clip forts. Titre sur le top 3 VRF du mois de mars.

 

4/ Excellent : Autre titre, autre ambiance. Le rythme de l’album nous permet de souffler. On arrive sur quelque chose de plus calme, A2H nous parle de ses ambitions, de son train de vie de boulimique du travail. Une fois de plus on touche à l’état d’esprit du rappeur « performer » qui vise l’excellence. Je ne m’inquiète pas pour lui personnellement. Un titre mélodieux et parlant.

 

5/ Grandis un peu : Aïe Aïe cette prod aux influences funky c’est ma came. On avance tout doucement dans un couloir qui donne sur une pièce où règne légèreté et odeurs de THC. La prod complètement relax colle parfaitement à l’ambiance. A2 nous parle de son train de vie « enfantin » autour d’un spliff, une canette à la main. Nous passons l’après midi avec lui à contempler les clips à la TV. Dans ce morceau A2H se parle à lui même, grandir implique de se faire violence pour faire fasse à ses responsabilités, ce titre illustre parfaitement la contradiction de cet album… J’aime cette ambiance, et je m’y reconnais comme beaucoup d’entre nous.

« Grandir, c’est dur, remplir le frigo, arrêter la fume, faire rentrer les euros, esquiver la rue, garder l’intello’ et quitter la pute »

 

6/ Mama feat. Zé Fire : Le fameux morceau pour la Mama… classique ! A2 nous fait entrer un peu plus dans son intimité avec un morceau qui touche la famille. C’est la première fois qu’il dédie un morceau à sa mère, encore le signe que cet album est un tournant de sa carrière. C’est un morceau très personnel ou il parle d’épreuves comme la maladie. Le sujet semble très sérieux mais en même temps on a l’impression d’être loin de tout ça, une prise de recul évidente sur une prod toute en douceur, on est loin du cliché « hommage au piano ».

 

7/ Mélo feat. Sowlie : Suite logique dans cet album au rythme cohérent. Ici A2H rend hommage à la musique. On soulignera le choix du featuring très judicieux pour rendre hommage à cet art : la Soul Woman qu’on peut très franchement mettre dans le haut du panier. La mélodie un remède qui soigne les blessures du temps. Un morceau très sympathique.

 

8/ Libre (Interlude) : Qui êtes-vous pour juger nos rangs ? J’suis dans l’réel, j’essaye d’être une bonne personne avant d’être une personne célèbre…

 

9/ Les yeux dans les yeux : Après une courte pause qui nous laisse penseur on retourne sur le chemin de l’album, surprise, on s’arrête rapidement pour une pause d’un autre genre, nous allons mettre Villejuif dans Pontoise (lol)… A2H nous parle de sexe en bon vivant qui se respecte. Quelques mots sur le clip que j’ai trouvé beau mais néanmoins particuliers. Un refrain qui se glisse dans la tête et des textes explicites, c’est top.

 

10/ Branché : Un titre produit par A2H lui même. On n’est pas vraiment sur un morceau « rap », A2 chantonne sur le thème de l’attitude « Branchée », ça me fait penser à Kid Cudi. Au sujet du message, A2H semble ne pas être réceptif à cette attitude branchée justement. Un morceau léger.

 

11/ Mes frères feat. 3010 : Nouveau featuring du projet, un duo évident, A2 et 3010 remettent ça pour un titre hommage à ceux qui partagent leur quotidien. Un morceau « performance » ou A2H alterne les flows, progressif, du plus lent au plus rapide, effet garanti. On bouge la tête sur un refrain topissime. 3010 entre sur le son de manière singulière, la prod saccadée met en valeur sa voix. Un titre réussi.

 

12/ Partout : On reconnaît la signature de Kobébeats sur ce titre et le précédent d’ailleurs. J’suis assez fan de l’ambiance que la prod confère au morceau, ca fait un peu « mystère » et c’est très rap. A2H semble de plus en plus énervé sur cette instru, c’est efficace, j’suis dedans. En fin de titre on a un petit solo de guitare qui accentue l’arrogance du morceau.

 

13/ Une dernière fois : Très grosses référence à nos résolutions du nouvel an… (hahaha). Il est temps de parler de weed sur une prod signée Weedim. Dans le clip on peut voir A2 fumer un « dernier » joint ? Je ne sais pas si on est super convaincu par la « promesse », mais une chose est sure A2 maitrise son flow comme à son habitude…

Au passage, on peut appliquer le « Demain j’arrête cette merde » à toutes les sauces, à bon entendeur à vos résolutions !

 

14/ Le Kiff de base feat. Flynt : Et bien, encore un invité de qualité pour cet album qui ne m’a pas encore déçu. Autre collaboration qu’il faut souligner : Hits Alive & Hype Beatz à la prod, tout ce beau monde, c’est très efficace. Un titre « attitude » ou chacun donne sa vision du « Kiff de base », deux couplets kickés à souhait. Dans mon top 5.

 

15/ J’peux plus : Sur une prod de Dj Weedim A2 aborde un thème sociétal, l’histoire de nos vies à courir après la maille « pour devenir quelqu’un », un titre dans lequel on sera encore beaucoup à se reconnaître. Le refrain criard démontre une fatigue certaine de toute cette « mascarade ». C’est mon coup de cœur.

« Des pères de famille dans la bibine, le bourge s’ennuie dans la piscine, ça sent la douille comme à Clicli »

 

 

16/ Décisions feat. MV : Encore un titre qui touche aux choix de nos vies sur une prod signée Off the Wall un beatmaker lyonnais qui a déjà travaillé avec MV justement, le jeune rappeur d’Eddy Hyde, restons branchés. On sent une profonde maturité sur cet album, on devine qu’A2H est dans une espèce de « réorganisation » de sa vie, ça se ressent. Prenons les bonnes décisions, mais surtout ne regrettons rien. Très bon morceau.

 

17/ Paname Nuit : Autre morceau produit par A2H lui même. Au vue du titre on s’attend à un récit « classique » qui met en lumière les nuits parisiennes, mais détrompez vous, A2H ne mettra pas en valeur les strass & paillettes qui les caractérisent. On tombe sur un côté beaucoup plus sombre, entre excès, drogues et situations qui dérapent après 3h du matin, on trouve un récit réaliste qui frappe au visage. Un hommage différent pour une ville pleine de surprise.

 

18/ Nuit Blanche : Pour finir cet album A2H nous invite sur un dernier morceau planant dans lequel il ne semble pas beaucoup avoir dormi. Il conclu avec la signification de cet album tout entier : « En fait, j’te parle de liberté, j’t’en ai parlé sur tout l’album mais… quand t’es accroc à cette vie, en fait, t’es pas vraiment libre, j’crois… t’es dans ta drogue, t’es dans ta pute, t’es dans ton hustle… t’es prisonnier d’un truc, en fait… ». Belle conclusion.

 

C’est pour moi un album complet qu’A2H a pris le temps de faire éclore, on sent que le projet a mijoté à petit feu pendant de longs moments, les titres sont cohérents, ils nous racontent une histoire qui est celle de sa propre vie. On ressent une prise de conscience sur la vie qu’il mène, A2 est tiraillé entre son insouciance et ses responsabilités, une contradiction qui touche une majorité d’entre nous. Il paraît que cela s’appelle « Grandir ». Musicalement on est plongé dans différents univers tout en suivant une trame réfléchie, on ne s’ennuie pas du début à la fin.

NOTE : 17/20

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